Éditeur: Karthala
Pages: 397
Lieu: Paris
Année: 2014

Notes de lecture

Écrit par Jean-Pierre Chantin

Gérard Cholvy nous propose ce qui est la réponse à un sujet de concours d’il y a une douzaine d’années. C’est ce qui explique la restriction de « l’Occident chrétien » aux seuls pays de France (qui y a une place centrale), Grande-Bretagne et Irlande, Allemagne et Italie, qui étaient les États retenus dans la question. Les huit chapitres rappellent différentes facettes de cette histoire : après un « état des lieux » au début du siècle, trois portent sur les « mouvements des idées » (Lumières, romantisme, positivisme), avant que ne soit présenté le « renouveau spiritualiste », puis qu’un autre traite de l’art religieux, le suivant de la « religion des femmes » et le dernier de « l’expansion européenne » avant de conclure sur un bilan en 1914. Le tout se termine par une postface dans laquelle l’auteur revient sur son « itinéraire de recherche », des pages que les jeunes chercheurs liront avec profit.

Il faut saluer l’esprit de synthèse de ce qui est une utile mise au point ; cela permet d’ailleurs de mettre à jour la bibliographie des nombreux volumes parus sur ce thème au moment des concours. On retrouve surtout quelques apports qui font la spécificité de Gérard Cholvy. Le précieux recours à des sources locales ou régionales, à des témoignages qui relèvent de ce que l’auteur nomme la « culture populaire », apporte un rythme salutaire et plus concret, appuyé par une foisonnante iconographie qui donne à voir les « visages des acteurs de l’histoire ». Celle-ci est même indispensable pour le volet d’histoire de l’art, et un cahier couleur est fort opportunément inséré dans ce but. On perçoit pourtant un certain déséquilibre (classique il est vrai) en faveur du catholicisme, alors qu’avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne le protestantisme aurait gagné à être davantage présent, mais Gérard Cholvy a veillé à ce que les principales confessions soient présentées, de même que quelques-unes des contestations. Quelques affirmations, qui échappent ça-et-là à l’auteur, sont aussi à nuancer, par exemple à propos de la Séparation de 1905 en France : les travaux de Jean-Marie Mayeur ont montré que les résistances aux Inventaires ont été bien moins générales que ce qui est suggéré page 201 (« bien des hommes, donc, se sentirent concernés »), et il est exagéré de qualifier l’épisode de « persécution », sauf à préciser que c’était là le sentiment de quelques-uns.

Cela n’enlève rien à l’utilité de cette synthèse, qui vient d’une certaine manière élargir les premiers volumes qui avaient été proposés par Gérard Cholvy avec le regretté Yves-Marie Hilaire pour l’Histoire religieuse de la France.