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    Bibliographies, notes de lectures & exercices dédiés aux étudiants.
Éditeur: La Découverte
Pages: 240
Lieu: Paris
Année: 2015

Notes de lecture

Écrit par Claude Prudhomme

Collection « Cahiers libres »

Entre 2009 et 2013, la sociologue Nilüfer Göle a conduit une recherche collective visant à donner une vision plus juste de la vie des musulmans confrontés aux multiples polémiques et controverses du moment dans 21 villes européennes. Cette rencontre sur le terrain de musulmans ordinaires, nationaux «issus de l’immigration» ou convertis, fournit un éclairage bien différent de celui véhiculé dans les médias et les rumeurs publiques sur la manière dont ils vivent et pratiquent leur religion dans l’espace européen, s’adaptent de fait à ses valeurs culturelles, réagissent à la sécularisation, négocient prescriptions religieuses et modes de vie ou de pensée européens. Après un avant-propos qui replace l’ouvrage dans son contexte immédiat (les attentats de janvier 2015) et une introduction qui propose un fil directeur (des relations caractérisées par le passage du collage des héritages au tissage d’une nouvelle Europe), deux chapitres esquissent un tableau de la place de l’islam et des musulmans. Puis l’ouvrage décline en sept chapitres les points chauds qui ont cristallisé les passions : prières de rue, minarets, caricatures et images, charia, consommation halal, usage du foulard ou de la burqa, rapport aux juifs et au judaïsme etc.). Elles ont aussi occulté l’ampleur des évolutions, la diversité des attitudes adoptées et la capacité des musulmans à apporter des réponses. Dans son ouvrage, comme dans les interviews auxquels elle a répondu, Nilüfer Göle insiste sur une évidence qui peine pourtant à s’imposer, d’autant que l’actualité ne favorise pas cette évolution. Si l’islam est devenu affaire de tous, et non seulement des musulmans et des migrants, cela impose de ne pas l’instrumentaliser et de sortir des impasses qui empêchent la construction d’une société européenne.

«Ne pas faire l’amalgame entre les actes terroristes, les assassinats ciblés et les pratiques de la croyance ordinaire devient une condition sine qua non pour faire société. Or la figure du djihadiste semble occuper tout le terrain aussi bien médiatique et politique qu’académique. L’espace public est dominé par la médiatisation des débats, les régulations juridiques et l’emprise des politiques sécuritaires. C’est l’ordre public qui prime sur la vie de la cité, tout en amenuisant le potentiel démocratique de l’espace public».

Contre l’islamo-pessimisme entretenu par les menaces terroristes, elle montre à partir des observations menées que «l’affirmation de la religiosité ne signifie pas automatiquement une hostilité à l’égard d’autrui, ni un rejet de la citoyenneté. Au quotidien, les musulmans ordinaires cherchent à aller vers autrui, s’investir dans les espaces de vie européens, saisir les opportunités professionnelles, voire artistiques, investir la vie associative, tout en cherchant à affirmer, voire réinventer, leur rapport à la foi». Elle conclut à l’émergence d’un «islam européen» créatif, y compris au sens artistique du terme, et original.