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    Bibliographies, notes de lectures & exercices dédiés aux étudiants.
Éditeur: Éditions de l’EHESS
Pages: 344
Lieu: Paris
Année: 2015

Notes de lecture

Écrit par Claude Prudhomme

L’ouvrage que l’auteure consacre aux «silences de Pie xii», issu de sa thèse, n’a pas pour objectif de tenter une nouvelle évaluation de la politique pontificale à l’égard du nazisme et surtout du génocide des juifs européens. Il a pour ambition de retracer et d’interpréter les grandes phases par lesquelles l’opinion publique est passée avant que ne triomphe ce point de vue : Eugenio Pacelli, pape sous le nom de Pie XII, est coupable de s’être tu. Mais avant d’en arriver à cette conclusion (définitive ?), Pie XII a bénéficié au lendemain de la guerre d’un jugement largement favorable et contribué à renforcer le prestige de la papauté. Sans doute quelques voix ont très tôt émis des réserves et reproché des silences coupables, mais ils portent le plus souvent sur le silence à l’égard des persécutions contre les catholiques polonais par les nazis ou contre les Serbes orthodoxes par le croate catholique Ante Palevitch. Le contexte de la guerre froide contribua par ailleurs à faire taire les critiques qui semblaient servir la politique soviétique hostile au Vatican.

C’est une pièce de théâtre, le Vicaire, écrite par l’écrivain allemand, Rolf Hochhuth et montée en 1963, qui brise définitivement le consensus. Traduite en dix-sept langues et portée sur les scènes de vingt-sept pays, mêlant histoire et fiction, elle fait voler en éclat l’image du pape de la paix et de la charité pour lui substituer celle du pape qui était parfaitement informé mais a préféré ne rien dire et ne rien faire.

L’ouvrage s’efforce d’interpréter ce désaveu en le replaçant dans le contexte du concile Vatican II (1962-1965). La polémique se nourrit en effet d’autres débats et porte désormais sur la place et le rôle de la papauté dans la vie internationale. Par la suite les contre-feux allumés par Rome avec la publication de onze volumes de documents relatifs à la Seconde Guerre mondiale (1965-1981) alimentent les controverses au lieu de les éteindre et renforcent plutôt le point de vue critique. Après une décennie de relatif répit, les polémiques reprennent dans les années 1980 pour ne plus cesser. Réactivées par le film Amen de Costa-Gavras en 2002, elles sont désormais indissociables des confrontations au sein du catholicisme autour de l’interprétation du concile, de la réforme de l’Église et du génocide. Jean-Paul II a tenté de sortir de cette impasse en choisissant la voie de la repentance, mais l’affaire du carmel d’Auschwitch et des canonisations contestées ont considérablement affaibli la portée de son initiative.

Comme en témoigne une nouvelle conférence internationale tenue à Rome en octobre 2014, seule l’ouverture effective de toutes les archives, plusieurs fois annoncée et retardée, officiellement pour des raisons techniques, est susceptible de redonner la priorité à la recherche historique sur les multiples formes d’instrumentalisation de la mémoire. Comme le démontre l’ouvrage, les silences de Pie XII se révèlent au final un poste d’observation original et fécond des débats politiques, moraux et religieux, théoriques (théologiques) ou pratiques (pastoraux) dans lesquels le catholicisme décide son avenir et son rapport au monde.