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    Bibliographies, notes de lectures & exercices dédiés aux étudiants.
Éditeur: Ibis Rouge Éditions
Pages: 259
Lieu: Matury (Guyane)
Année: 2014

Notes de lecture

Écrit par Claude Prudhomme

Issu d’un mémoire pour le master d’Histoire, l’ouvrage présente les avantages et les limites d’un tel exercice. Il traite d’un sujet inédit, en l’occurrence l’histoire du catholicisme missionnaire en Martinique dans les trois décennies prérévolutionnaires. Il vient ainsi combler un vide historiographique, au moins pour l’historiographie universitaire qui s’est jusqu’ici concentrée sur le xixe s. (Philippe Delisle) et le xxe s. (Tatiana Deau). Il repose ensuite sur des sources de première main puisées dans les archives nationales, départementales et quelques documents issus des archives jésuites. Il est organisé de manière classique selon un plan en trois parties. Il aborde « la réaffirmation de la conception impériale française en Martinique » après la brève occupation anglaise mais traite surtout du rôle du clergé régulier, notamment les jésuites (I), puis il présente les transformations des mœurs et des mentalités (II), enfin il décrit la reprise en main des missions par l’administration avant la grande crise révolutionnaire (III). La principale thèse développée est celle d’un déclin qui s’accélère sous l’effet conjugué de tensions chroniques entre le clergé et l’administration coloniale, puis de l’arrivée d’un clergé séculier peu missionnaire, et finalement à cause d’un progressif détachement de la religion chez les fidèles blancs, surtout préoccupés de défendre leurs intérêts, mais aussi chez les fidèles noirs victimes d’une pastorale répressive. La suppression des ordres religieux et la réduction du clergé séculier en fonctionnaires viennent en 1790 conclure un cycle et signer l’échec de la mission.

Le propos est ambitieux mais ne convainc qu’à demi. D’abord parce qu’il repose sur des sources unilatérales qui sont focalisées sur le rapport à l’administration coloniale. L’historienne en est consciente et le signale à propos des jésuites mais elle n’en tire pas les conséquences. Ensuite parce qu’il est dominé par un postulat selon lequel « la présence missionnaire a été dès les débuts de la colonisation française l’instrument privilégié de la puissance tutélaire pour imposer son joug sur les autochtones puis sur les esclaves » (p. 166). Vouloir faire entrer toute la documentation dans ce cadre conduit à des simplifications et à la surinterprétation de certains textes. Pourtant plusieurs documents cités montrent que la religion peut aussi être, au moins ponctuellement, un contre-pouvoir quand les missionnaires jésuites se posent en protecteurs des esclaves comme « curés des nègres » (p. 68-69) ou quand la religion constitue une voie vers l’acculturation parce que les esclaves se réapproprient le catholicisme (p. 159). C’est enfin faire un usage extensif et inapproprié du terme missionnaire appliqué à des clercs, religieux ou séculiers qui sont en majorité des curés de paroisses peu soucieux de mission et relèvent du clergé colonial. L’exemple de Saint-Domingue, bien étudié ces dernières années (cf. le dossier de hmc n° 29), atteste à la même époque l’ambivalence de la religion et de ses fonctions. Il est dommage que l’auteur en fournisse des exemples mais ne les exploite pas davantage.