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    Bibliographies, notes de lectures & exercices dédiés aux étudiants.
Éditeur: Karthala
Pages: 303
Lieu: Paris
Année: 2014

Notes de lecture

Écrit par Claude Prudhomme

Avec la collaboration de Catherine Coquery-Vidrovitch, Éric P. Meyer et Anne Viguier

 

L’histoire est-elle vraiment une discipline universelle ? Telle est la question sur laquelle est construit un ouvrage qui invite des spécialistes reconnus de diverses aires culturelles à réfléchir sur la manière dont on y écrit l’histoire. Ainsi que l’observe la présentation de l’ouvrage, si les historiens d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie se plient aujourd’hui aux exigences de la « science de l’histoire » élaborée par l’Occident moderne, leurs visions, leurs préoccupations et leurs savoir-faire restent comme chez leurs confrères occidentaux marqués par leur culture, leur histoire et les conditions sociopolitiques spécifiques de leur environnement.


À partir de cette constatation, l’originalité de l’ouvrage est d’offrir aux lecteurs des études de cas sur un temps long et un espace mondial. Elles mettent en évidence la complexité des conditionnements, conscients ou inconscients, et la diversité des objectifs poursuivis, de manière explicite ou implicite. Les premières contributions montrent à travers l’exemple de l’histoire byzantine, moghole ou malaise comment la volonté de célébrer et légitimer le pouvoir est universelle. Sous le titre « adhérer et composer », une seconde série se penche sur diverses tentatives pour écrire l’histoire autrement : histoire du Vietnam écrite en Chine et en chinois ; histoire de l’art proprement japonaise dans un contexte dominé par le pouvoir des guerriers ; histoire écrite par un autochtone dans la Sierra Leone colonisée ; histoire du pays tamoul dans la concurrence des identités et des mémoires en Inde ; histoire magache qui puise dans le modèle occidental pour s’émanciper du discours colonial. La troisième partie s’intéresse à des travaux qui ont en commun le projet d’édifier et de conseiller, pour dire la bonne manière d’écrire l’histoire (Chine), former les élites du monde musulman, contribuer à la paix sociale au Japon et en Chine, ou faire découvrir par l’étude du passé japonais que les sociétés sont des constructions humaines. La quatrième partie ramène vers des débats peut-être plus connus, mais vus d’ailleurs, quant à la place de l’historiographie dans la légitimation ou la critique des projets politiques dans l’Inde britannique, en Israël, en Amérique espagnole et en Chine, sans oublier ce « révisionnisme anti-élitiste » qui a caractérisé l’émergence parmi les historiens indiens des Subaltern Studies. Si la dernière partie ne compte qu’un article, elle conclut opportunément l’ensemble en rappelant la genèse de l’Histoire générale de l’Afrique encouragée par l’Unesco (1964-2014). Elle joua un rôle déterminant dans l’affirmation d’une historiographie africaine écrite par des Africains sans avoir besoin de caution extérieure ni chercher a priori à se distinguer pour marquer sa différence