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    Bibliographies, notes de lectures & exercices dédiés aux étudiants.
Éditeur: PUR
Pages: 333
Lieu: Rennes
Année: 2014

Notes de lecture

Écrit par Paul Dabadie

Issu d’une Habilitation à Diriger des Recherches brillamment soutenue en décembre 2013, et dont HMC a rendu compte en son temps, l’ouvrage transporte le lecteur sur un territoire mythique et encore mal connu, celui d’un Ouest américain dont l’espace s’élargit aujourd’hui à la haute vallée du Mississipi, et dans lequel les missions catholiques, conduites par des Français, occupent une place largement sous-évaluée. Centré sur les années 1830-1860, il s’intéresse au basculement qui s’effectue d’un espace mouvant dominé par les réseaux des trappeurs, canadiens et anglo-américains mais aussi français, à celui d’une colonie de peuplement européen essentiellement anglo-américain, irlandais et allemand. Dans cette évolution qui exclut progressivement les amérindiens relégués dans d’étroites réserves, l’Église catholique affirme très tôt sa présence et sa volonté d’évangéliser autochtones et immigrants selon les méthodes qui ont fait leurs preuves dans d’autres missions. Pour y parvenir, elle peut compter sur l’engagement des missionnaires français, en particulier lyonnais, fers de lance du réveil missionnaire catholique à partir des années 1830. Si les résultats ne sont pas à la hauteur de leurs espoirs, ils sont loin d’être négligeables grâce aux œuvres où la priorité est donnée aux écoles, et au soutien de notables. Mais la mission vers les amérindiens non chrétiens s’efface au profit de la construction d’une église destinée à des colons européens tout en s’adaptant très vite au contexte américain de construction d’un État nation.


L’auteur met en évidence dans cette évolution la succession de deux modèles coloniaux. Le premier est caractérisé par l’installation d’Européens encore peu nombreux au milieu de populations indiennes majoritaires, avec lesquelles elles doivent composer. Elles font alors l’expérience d’un échange culturel, voire d’un métissage biologique et culturel devant lequel les missionnaires semblent désemparés. Tout change dans les années 1850 avec l’émergence d’un second modèle caractérisé par l’afflux des Européens, la sédentarisation, la territorialisation, l’affirmation de la présence de l’État. Dans cette construction de l’État américain, le catholicisme participe pleinement à « la marqueterie de destins communautaires », en l’occurrence l’insertion de communautés immigrées irlandaises, canadiennes, allemandes, parfois françaises, qui conservent leurs traits spécifiques tout en faisant surgir la nation américaine.